Professionnels de santé

Dons d'organes Accéder à l'Extranet

Hypothermie induite et arrêt cardiaque

Les effets neuro-protecteurs de l’hypothermie ont été rapportés dès la fin des années 50. Depuis 10 ans environ, les réanimateurs l’utilisent dans les différents domaines de la pathologie neurologique (arrêt cardiaque, accident vasculaire cérébral, traumatisme crânien).

Expérimentalement, l’induction précoce d’une hypothermie centrale modérée (33°) permet une protection cérébrale et diminue les lésions observées dans la plupart des modèles animaux. De plus, en protégeant les neurones de l’hypoxie, elle diminue aussi leur consommation en oxygène et pourrait ainsi limiter la production de radicaux libres oxygénés potentiellement toxiques (lésions de ré-oxygénation). Il existe probablement une libération massive d’acide aminé neuro-excitateur responsable de dégâts cérébraux supplémentaires.

L’hypothermie modérée, au cours de l’arrêt cardiaque, permet d’inhiber complètement la libération locale de ces médiateurs, avec une diminution de la réponse immune et inflammatoire locale, une réduction de production de radicaux libres oxygénés, et une protection de la barrière hémato-encéphalique qui participent tous probablement à l’effet bénéfique observé.

Epidémiologie

Le nombre attendu de patients présentant un arrêt cardiaque sur le département de la Dordogne est de l’ordre de 400 à 450 par an.

Il faut savoir que 90 % de ces patients vont décéder et 10 % sortiront vivants de l’hôpital avec, fréquemment, de graves séquelles neurologiques.

Lorsque qu’une hypothermie induite est pratiquée le plus rapidement possible chez les patients en arrêt cardiaque, il a été prouvé une amélioration du pronostic neurologique à 6 mois et le nombre de patients sortant vivants de l’hôpital, était notablement plus important voire multiplié par 3.

Méthode

Il existe depuis 2 ans un protocole départemental de prise en charge des arrêts cardiaques, effectué par les SMUR (CH Périgueux Sarlat, Bergerac) et régulé par le SAMU 24.

En intra-hospitalier, une chaîne de survie intra-hospitalière (CSIH) est installée depuis 4 ans, avec un protocole de ressuscitation des arrêts cardiaques pour l’ensemble du centre hospitalier de Périgueux, médié et régulé par le SAMU 24 (numéro d’appel d’urgence : 815).

Tout arrêt cardiaque bénéficie d’un refroidissement lors de la prise en charge par l’équipe médicale, avec du sérum physiologique glacé, puis le patient est transporté au centre hospitalier de Périgueux dans le service de Réanimation, via l’angioplastie, si besoin. 

Nous réalisons un refroidissement, par un dispositif intra-vasculaire, placé dans la veine cave inférieure. Cette technique est la plus récente, elle permet un refroidissement de 1,5 à 6 ° par heure selon les dispositifs employés. Nous mettons en place un cathéter percutané par voie veineuse fémorale  et nous réalisons une circulation ‘‘ in corpore ’’ par un liquide refroidi sans contact direct avec le sang du patient (‘‘ système Cool Gard ’’).

Cette technique permet d’atteindre la température cible dans des délais très courts, et il existe un rétro-contrôle de cette température par une sonde placée dans le pharynx. Ces patients sont laissées en hypothermie induite pendant 24h, sédatés, intubés, ventilés et curarisés.

Dans le service, nous avons un protocole sur les comas post anoxiques, associant tout un suivi (anti-convulsivant, EEG, scanner, potentiel évoqué somesthésique) permettant d’évaluer un pronostic neurologique avant la 48ème heure.

Résultats

Depuis 2 ans que ce protocole existe, nous avons pu prendre en charge plus de 40 patients. Les résultats sont en cours d’étude, mais nous avons déjà pu observer une amélioration sur la mortalité et les séquelles neurologique graves.

Les meilleurs résultats semblent être obtenus, pour l’instant, sur les arrêts cardiaques liés à des troubles du rythme ou des infarctus du myocarde.

Cela reste un protocole contraignant (ensemble du territoire de la Dordogne) et une technique lourde à mettre en place. Néanmoins, les excellents résultats neurologiques imposent ce type d’organisation dans l’intérêt du patient et du territoire.

Dr Yannick Monseau
Responsable du Pôle SAMU-Urgences-Réanimation 
Dr Michel Gautron
Responsable du SAMU Centre 15 SMUR
 

Réalisation : Stratis