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Isolement du patient neutropénique

Le système immunitaire est constitué de cellules (polynucléaires neutrophiles, lymphocytes…) et de molécules (anticorps…) jouant chacune un rôle spécifique dans la protection de l’organisme contre les agents extérieurs. Parmi elles, les polynucléaires neutrophiles sont spécialisés dans la lutte contre les infections par les bactéries et certains champignons. Il existe des situations dans lesquelles le nombre de polynucléaires neutrophiles est diminué, transitoirement comme après une chimiothérapie anti-cancéreuse, ou durablement dans certaines maladies hématologiques. Cette situation se traduit sur la numération-formule sanguine par une baisse des polynucléaires neutrophiles, définissant la neutropénie.

Un grand nombre de bactéries dans notre environnement

Chaque organisme vivant, y compris l’être humain, est colonisé par un nombre considérable de bactéries d’une grande diversité. Elles sont de même omniprésentes dans notre environnement (air, eau, nourriture…). Ces bactéries sont pour la plupart peu pathogènes et sensibles aux agents anti-infectieux. En secteur hospitalier, la concentration des patients et l’usage intensif des antibiotiques ont entraîné l’apparition de germes nosocomiaux beaucoup plus agressifs et résistants aux antibiotiques courants. Ces bactéries peuvent provoquer chez les sujets fragiles et en particulier les neutropéniques des infections sévères, voire mortelles.

Ainsi, l’isolement des patients neutropéniques, dit isolement protecteur, va viser à les protéger non de l’ensemble des bactéries, ce qui est illusoire, mais des bactéries nosocomiales présentes dans l’environnement hospitalier. Le risque infectieux est principalement fonction de la profondeur et de la durée de la neutropénie. L’isolement est requis lorsque les chiffres de polynucléaires neutrophiles sont inférieurs à 500/mm3. Le risque est majoré si la durée de neutropénie excède 7 jours. Nous considérerons ici les neutropénies de risque <st1:personname w:st="on">standard</st1:personname>. Dans certaines situations (induction de leucémie aigue, greffe de moëlle…), des précautions plus contraignantes seraient exigées. Dans tous les cas, l’instauration et la levée de l’isolement protecteur sont des prescriptions médicales qui doivent apparaître dans le dossier du patient.

Isolement du patient contaminé

 La contamination du patient par les germes nosocomiaux se produit surtout par voie aérienne et par transmission manuportée. L’isolement comporte d’une part un volet géographique, d’autre part un volet contact.

L’isolement géographique :

> patient placé en chambre seule porte fermée, de préférence à une extrémité du service

> information sur l’isolement affichée à l’extérieur sur la porte

> visites permises, limitées à 2 personnes en même temps ; les visiteurs doivent se signaler à l’infirmière

> matériel dédié ou à usage unique placé dans la chambre

> déplacements du patient limités, organisés et protégés

> éviction des nids à germes tels que les fleurs et les plantes vertes

L’isolement contact (le matériel requis doit être disposé sur un chariot devant la porte de la chambre) :

> lavage des mains ou solution hydro-alcoolique à l’entrée dans la chambre

> port de masques

> port de gants et d’une surblouse lors des soins

> renforcement du bionettoyage

> pas de fruits et légumes non cuits ou de produits laitiers non stérilisés dans l’alimentation.

Il importe que ces précautions soient facilement accessibles par les équipes soignantes dans les services accueillant des neutropéniques et que la disponibilité du matériel soit régulièrement vérifiée.

En conclusion, des mesures simples et de bon sens permettent de limiter le risque d’infection nosocomiale chez les patients neutropéniques. Il est essentiel qu’elles soient respectées par l’ensemble des équipes et des visiteurs.

Dr Philippe RODON,Onco-hématologue

Réalisation : Stratis