Sécurité des patients : un patient formé est un patient plus en sécurité

Fin aout 2026

À l'occasion de la Semaine nationale de la sécurité des patients, dont le thème est cette année consacré aux maladies chroniques, nous souhaitons rappeler une évidence encore trop souvent oubliée : la sécurité d'une personne vivant avec une maladie chronique ne dépend pas uniquement de la qualité des soins qui lui sont prodigués. Elle dépend aussi de sa capacité à comprendre sa maladie, à gérer ses traitements, à reconnaître les situations à risque et à prendre, chaque jour, les bonnes décisions pour sa santé.

Or ces décisions sont nombreuses. Prendre correctement un traitement, adapter son alimentation, pratiquer une activité physique compatible avec son état de santé, reconnaître un signe d'alerte, savoir quand consulter ou comment réagir face à un imprévu, finalement savoir anticiper et si possible planifier en toute sécurité : ces gestes du quotidien conditionnent largement l'évolution de la maladie et la prévention des complications.

Cette réalité transforme profondément notre conception de la sécurité des soins. Pour les maladies chroniques, elle ne se joue plus seulement à l'hôpital ou au cabinet médical. Elle se construit aussi, chaque jour, au domicile, dans la vie familiale, professionnelle et sociale du patient.

C'est précisément à cet enjeu que répond l'éducation thérapeutique du patient (ETP), reconnue par le Code de la santé publique depuis 2009. Loin d'être une simple transmission d'informations, l'ETP est un véritable apprentissage. Conçue sous forme de parcours personnalisés, au sein de programmes, elle permet aux personnes vivant avec une maladie chronique d'acquérir les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour devenir pleinement actrices de leur santé.

Les bénéfices de cette démarche sont aujourd'hui largement démontrés sur le plan scientifique. L'ETP améliore l'adhésion aux traitements, réduit les complications, diminue les hospitalisations évitables, améliore la qualité de vie et renforce l'autonomie des patients. Elle transforme également la relation de soin en développant un véritable partenariat entre les professionnels, les patients et leurs proches.

Et pourtant, ce levier majeur demeure encore insuffisamment mobilisé. Plus de 5 000 programmes d'éducation thérapeutique sont aujourd'hui proposés en France, couvrant la plupart des maladies chroniques, les différents âges de la vie, les patients et leurs aidants. Pourtant, seuls 4 % des patients en bénéficient chaque année. Une grande majorité ignore encore que ces programmes existent.

Cette situation est préjudiciable pour les patients, privés d'un accompagnement susceptible de sécuriser leur parcours de soins et de renforcer leur autonomie. Elle l'est aussi pour les professionnels, qui peinent encore à intégrer pleinement l'ETP dans les parcours de soins. Elle l'est enfin pour notre système de santé, confronté à une augmentation continue et exponentielle des maladies chroniques alors même qu'il dispose d'un outil dont l'efficacité est largement reconnue.

Nous appelons aujourd'hui à un changement de regard. Former un patient ne consiste pas à lui transférer une responsabilité qui incomberait aux soignants. C'est lui donner les moyens d'agir en complément des professionnels, dans un véritable partenariat, afin de rendre les auto-soins plus sûrs et plus efficaces.

Cela suppose de mieux faire connaître l'éducation thérapeutique du patient, de l'intégrer systématiquement dans les parcours de soins dès l'annonce d'une maladie chronique, de développer l'offre sur tous les territoires, de renforcer la formation des professionnels et de garantir un financement à la hauteur des enjeux.

À l'heure où les maladies chroniques concernent près d'un Français sur trois, la sécurité des patients ne peut plus être pensée uniquement à travers les établissements de santé. Elle doit aussi s'appuyer sur les compétences des personnes qui vivent chaque jour avec leur maladie.

Parce qu'un patient formé est un patient plus en sécurité.

  • SIGNATAIRES
  • Dr Xavier de la Tribonnière, président du Réseau national des Unités Transversales d'Éducation du Patient (RésUTEP
  • Unité transversale territoriale d’éducation Thérapeutique du Patient de Dordogne (UTTEP24), membres du RésUTEP (Jean Michel Delavaud, vice-président du RésUTEP et médecin responsable de l’UTTEP24, Aurella Ubeda, Secrétaire du RésUTEP, Cadre Coordonnateur de l’UTTEP24) ;

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